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1 août 2012

Le malaise de l'entrecôte -aka Le harcélement n'est pas un compliment


Paris,Métro, intérieur, fin d'après-midi.
Je marche dans les couloirs, quand soudain un mec à première vue tout ce qu'il y à de plus normal me saute dessus pour essayer de m'embrasser les seins.
Ce jour là, je portais un banal T-shirt, et deux valises que je lui ai joyeusement balancées en travers de l'estomac.

Angoulême, centre ville, extérieur, milieu de matinée
Un garçon me court après, me demande s'il peut me parler. Face à mon refus poli, il accelère de façon à se mettre devant moi, me bloque le passage et m'impose malgrè tout sa conversation. Je finis par l'envoyer chier de façon moins ponderée, il part en me disant que franchement, je pourrais être plus aimable.

Bordeaux, rue Sainte Catherine, extérieur, milieu d'après-midi
Un mec m'aborde et me drague lourdement, me pose de nombreuses questions auxquelles je refuse de répondre. Il me suit pendant un long moment, jusqu'à ce qu'excedée, je me retourne et lui hurle de se barrer. Il partira non sans lâcher un dernier "Toute façon t'es moche, tu m'plais même pas, salope va"

Des exemples banals, quotidiens, rien que la routine pour la plupart des filles.
Une habitude.
C'est moi, c'est toi, c'est ta soeur ou ta cousine ou ma meilleure amie.
C'est Gloria aussi, qui à écrit sur le sujet un billet vraiment burné.
C'est intolérable.

C'est intolérable qu'on ne puisse pas sortir de chez soi sans se prendre une reflexion dans la gueule. Il est inadmissible qu'on tente de nous attraper la main dans la rue, qu'on nous effleure les fesses dans le métro, qu'on veuille nous caresser le visage, juste comme ça, juste pour nous toucher, juste par ce que nous avons l'originalité d'être des femmes et que ce simple fait semble autoriser ces familiarités.

Récemment, une étudiante belge à sorti un documentaire dans lequel elle met en lumière cette pratique. Il était temps.
Par ce que oui, c'est du harcèlement.

Le problème souvent, c'est l'incompréhension des gens (cf le super article de Madmoizelle). Par ce que s'il leur est facile de comprendre qu'on se vexe et déteste celui qui nous traite de salope, il est plus difficile d'imprimer que les "charmante, pssssst, charmante" soient tout aussi déplaisants.
Et que l'accumulation de ces comportements est proprement effrayante.

On nous dit qu'on devrait trouver ça flatteur, on nous dit que nous devrions en être fières, que ça veut dire que nous plaisons.
On nous dit qu'entre celui qui te traite de "grosse pute" et celui qui te crie "éh oh jolie poupée" il y à un monde. Que ce n'est pas comparable. Que ça n'à rien à voir.
Sauf que non.

Le "hé charmante" qu'on te lâches comme ça, de loin, en te matant des pieds à la tête, n'est pas un compliment. C'est le nouveau "t'es bonne", les mots sont plus polis, mais l'intonation, le regard, l'intention reste la même. Ce mec accoudé te jettes ça à la gueule, et tu devrais sourire, et tu devrais être ravie. Si tu ne l'es pas, on te le fait remarquer "OH CONNASSE, tu pourrais dire merci". Remercier cet inconnu de te mater comme un bout de viande ou une grosse entrecôte, être reconnaissante de cette validation de ton aspect physique, et en plus trouver normal cette situation.
Mais putain, ce n'est PAS un compliment, ce n'est pas gentil, ce n'est pas mignon. C'est simplement venir t'agiter sous le nez cette idée que oui, il est habilité à te juger et à te le signifier. Qu'il peut te regarder et te jauger de la même façon qu'à une foire à bestiau, quand bien même il est un inconnu, quand bien même on ne lui à rien demandé.




je suis un petit peu enervée


Au début, je me disais mais voyons, ils sont cons? Ils pensent vraiment que c'est comme ça qu'il faut draguer?
Je veux dire, un mec qui m'aborde dans la rue pour me demander successivement une clope, du feu, mon numéro de téléphone et si je veux baiser avec lui, pense-t-il sérieusement que je vais aussitôt enlever mon t-shirt et lui proposer de sauter dans la première poubelle venue pour une partie de sexe sauvage?
Sur la centaine de meufs qu'ils abordent de la sorte, y'en à -t-il, un jour, une fois, une seule qui à dit oui?
Sans doute que non.
Ca ne les décourage pas.
Et, à mon avis, ils continuent pour une seule raison : par ce qu'en te réclamant ton numéro de téléphone, un sourire ou une pipe, en te disant que tu es charmante, ce qu'ils éspèrent, ce n'est pas obtenir satisfaction. Non, ils s'en foutent de ton 06, je suis persuadée que s'ils agissent comme ça c'est uniquement par provocation, pour tenter de réaffirmer leur domination, pour te signifier très clairement que éh, bitch, tu n'es rien, tu n'es pas grand chose, et si je le voulais tu serais à ma disposition.
Ces mecs ne te draguent pas. Tu te retournerais pour leur dire que oui, bien sûr, allez, embrasses moi, je suis persuadée qu'ils ne sauraient pas comment réagir, voir t'enchaineraient aussitot à grands coups d'insultes, salope que tu es. Ce n'est pas une démarche de séduction, c'est juste un moyen de te rabaisser.
Je penses sincèrement que ce genre de comportement vient de la conviction archaïque et peut être inconsciente que la femme qui sort seule dans la rue est à disposition, qu'elle est dans son tort, qu'elle ne devrait pas être si libérée de la tutelle de l'homme, celui que justement elle n'à pas à ses côtés.

Je veux bien par contre concevoir qu'un garçon puisse effectivement vouloir t'aborder dans une véritable démarche de séduction. Par ce que quelque chose en toi lui plait, que ton allure l'à interpellée, par ce qu'il à envie de mieux te connaitre, de boire une verre, de tenter sa chance, d'essayer. Ca existe, ça m'est arrivé, chaque fois c'est fait de façon agréable et dans le respect, la différence est flagrante. 
Le problème n'est pas la rencontre, le problème n'est pas d'être abordée, le problème c'est la raison pour laquelle c'est fait et les comportements engendrés.
Ce que je condamnes n'est pas la séduction dans les espaces publiques (oui par ce qu'harcélement "de rue", c'est je pense à prendre aux sens large, ça englobe les mains au cul dans les bars et les sifflets au supermarché), non, ce qui est lamentable c'est que les codes du désir, du sexe et du charme soient aujourd'hui employé dans un but destructeur.

Le harcélement de rue, à mon sens, n'est pas un compliment. Ce n'est pas gentil, ce n'est pas une tentative sincère de séduction. C'est un moyen de pression qui vise à restreindre la liberté de la femme, à l'humilier dès lors qu'elle se comporte de manière visiblement indépendante. C'est, purement et simplement, du sexisme et de la domination.


EDIT : je suis apparemment obligée de préciser...Non, je ne suis pas une faible femme, je ne marche pas dans la rue avec l'air d'une petite chose fragile, je suis sûre de moi, je ne suis pas plus jolie que la moyenne, rien dans mon attitude ou dans ce que je suis n'explique ce comportement. Le problème ce n'est pas MOI, ce sont EUX. Et quand bien même je serais une bombasse à l'air fragile, ça ne rendrait pas ça plus justifiable. Ca ne me rend pas triste, ou mal, non, ça me revolte, me met en colère, me revulse, par ce que c'est non seulement desagréable mais qu'en plus il s'agit d'un exemple de sexisme et de violence quotidienne flagrant.