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1 juillet 2012

Cinq idées fausses sur les féministes



J'ai un vagin.
Mon mec à un pénis.
Nous avons tout les deux un cerveau.
A mon sens, c'est ce cerveau qui définit ce que nous sommes, bien plus que ce qui se planque sous nos fringues. Et fondamentalement, je ne crois pas que nos cerveaux soient différents, je pense avoir le même nombre de synapses, le même influx nerveux, un cortex frontal aussi valable que le sien et un lobe temporal tout aussi sympa.
De cette conviction, j'ai tiré un fort sentiment d'égalité, je ne me considère pas moins méritante, moins puissante, moins intelligente ni moins intéressante que mes homologues masculins, et je crois de façon presque désespérée en l'égalité.
Je crois que nous sommes des êtres humains, je crois que nous devrions être considerés de façon identique, je crois que nous avons les mêmes dispositions, les mêmes aspirations, mais que nous vivons dans une société ou être un homme continue à engendrer une certaine superiorité.
Je pense que le sexisme est ancré dans les moeurs, que cela vient d'un processus mental discriminatoire, qui procède des mêmes mécanismes que le racisme. Je suis convaincue qu'une femme est l'égale de l'homme, et que notre sexe ne doit pas nous être constamment jeté au visage (par ce que, entre autres, c'est douloureux, et porter sa vulve sur son front risque de ne pas être du plus bel effet).
On me dira que nos corps sont différents, et que donc il ne peut être question d'égalité... Je n'ai ni la peau noire, ni les paupières bridées. Objectivement, mon corps est différent de celui d'un asiatique ou d'un black, nous n'en sommes pas moins égaux, indépendamment de nos caractéristiques physiques et de notre couleur de peau.
Je pense que toute femme ne peut que souhaiter disposer des mêmes droits qu'un homme, je pense que nous devrions pouvoir accéder facilement aux métiers de notre choix, que nous devrions prétendre aux même salaires, que nous devrions pouvoir porter ce que nous voulons sans craindre d'attiser un désir qu'ils ne sauraient pas maîtriser.
Je pense qu'on ne doit pas me forcer à être douce et sensible sous prétexte que j'ai des oestrogènes, de la même façon qu'on ne doit pas imposer à un homme un culte d'une virilité caricaturale ou on lui interdit d'aimer le rose, les doigts dans le cul ou de laisser ses larmes couler (larmes et doigts dans les fesses n'étant pas forcément liés...)
Je ne suis pas radicale, je ne suis pas militante, je ne suis pas plus engagée que n'importe qui et je suis plutôt sympa.
Je suis pour l'égalité.
Ca fait de moi une féministe, je crois.
Et je m'en prends parfois plein la gueule à cause de ça, par ce que le féminisme à beau s'être democratisé, s'en réclamer reste risqué, l'amalgame est bien trop vite fait entre féministe et hystérique decerebrée.
Du coup, sur le même principe que les "5 idées fausses sur la blogueuse beauté", je m'attaque ici à "5 idées fausses sur les féministes". Histoire de péter la gueule à certains préjugés avec mes ptits poings pas trop musclés.









Alors non, la féministe ne hait pas tout ce qui ressemble de prés ou de loin à un être pourvu de testicules. Elle estime simplement que le port desdites testicules ne donne aucune superiorité, qu'un scrotum ne devrait pas permettre d'être mieux consideré, mieux payé, plus respecté. En fait, la féministe cherche simplement à ce que tout être humain, homme ou femme, dispose des mêmes droits. 
Ca s'appelle l'egalité, c'est un principe républicain, nous sommes censés le respecter. Ca, c'est la théorie, c'est pas encore tout à fait ça dans les faits.

Au delà de ça, le féminisme n'est pas strictement féminin. Il existe des hommes féministes, de plus en plus nombreux, des couillus eduqués et sensibilisés pour qui égalité ne veut pas dire castré, des qui savent que ce mouvement ne cherche en aucun cas à les rabaisser.
Ces hommes, alors, detesteraient ceux de leur propre sexe? Ma foi, c't'un concept à creuser.
Conneries va...

Tant qu'à faire, je remets les choses à leur place: le féminisme n'empêche pas la vie de couple hétéro, loin de là. Je pars loin dans le cliché, mais je sais que mine de rien c'est particulièrement bien ancré : je pense être féministe, je suis dans une relation monogame avec un garçon, je fais souvent la cuisine, la vaisselle, des petits plats, j'aime le sexe, j'aime son sexe, et je rabaisse la lunette des chiottes quand parfois il oublie. Sans râler.
Simplement, je vis une relation égalitaire avec un homme capable de réflechir et de le respecter, un qui intègre le fait qu'homme et femme peuvent vivre harmonieusement et sur un pied d'égalité, un qui est assez sur de lui pour l'accepter sans se sentir castré.
A mon sens, les bases du respect.


Putain de merde, mais que répondre à ça à part non, juste non, comment est il possible qu'ait encore cours ce genre de reflexions?

Par contre, la féministe en à plein le cul que chaque coup de gueule d'une femme soit immédiatement imputé à sa sexualité (et par extension, à sa bonnassitude présumée ou son absence de vie sexuelle). Le remplissage de nos orifices n'a pas plus d'influence sur nous que n'en à le manque de ça-va-ça-vient pour un garçon. Asexuée, gouine ou avaleuse de gland, ce qui se passe sur l'oreiller n'entre pas en ligne de compte, ce n'est PAS un argument, ce n'est pas valable, ça n'à aucun interêt.
Est ce que je demande au gros beauf en face de moi la dernière fois ou il s'est fait titiller la prostate ou fellationer?
Sérieusement, être moche, belle, avec une vie sexuelle agitée ou la chatte inoccupée ne change rien au mérite d'une femme, ça ne rendra pas ses hormones plus bouillonantes, son cerveau plus opérationnel, ses reparties plus douces ou moins documentées. Il est inadmissible qu'aujourd'hui renvoyer une femme à sa sexualité soit encore si répandu, quand comparativement on n'entend que rarement un homme se faire traiter de mal-baisé.
La femme, toujours, n'à de mérite qu'en tant qu'objet de désir...Si t'es pas sur le marché de la bonne meuf, ce que tu dis sera discredité, comme ça, gratos, juste par facilité.
Par ce que réfléchir c'est trop compliqué.



Il y à une différence entre "inutile" et "symbolique".
Je vais donner dans le lieu commun, mais c'est à force de petits gestes qu'on finit par déplacer des montagnes. Genre, pour ranger mon appart, j'y vais pièce par pièce, parfois je me contente de ranger mes chaussettes. En soi, on s'en fout de mes 3 chaussettes, c'est rien, c'est queudal, c'est juste 3 bouts de laine qui puent à peine. Mais quand yen à une suspendue au lustre, l'autre sur ma tête et la troisième sur le canapé, une fois qu'elles sont dans la machine à laver c'est tout de suite plus rangé.
Les combats féministes sujet à débat (je pense, par exemple, à cette lutte contre le Mademoiselle qui à fait couler beaucoup d'encre), c'est comme mes chaussettes : ça semble futile, mais ça ne l'est pas. C'est révélateur d'un état général de notre societé, ça contribue à un sexisme ordinaire, tellement ordinaire qu'il est à peine notifié. C'est un symbole.
C'est important, le symbole.
C'est ce qu'on retient. C'est ce qui fait date. C'est ce qui marque les esprits.
Et ce n'est qu'en marquant les esprits que ça pourra changer.

En plus de ça, ce n'est pas par ce qu'il y à bataille sur un front que les autres sont totalement degagés.Ce n'est pas par ce que ça gueule sur la sexualisation des jouets, le Mademoiselle ou les blagues sur les decolletés que des sujets tels que les violences aux femmes sont laissés de côté. Tu peux parfaitement prendre ta douche et te brosser les dents en même temps.




Non. Crois moi, la féministe est généralement bien consciente d'avoir un chromosome X en plus, un vagin et un utérus. Même, elle peut faire des enfants si elle veut, se marier, couiner devant un bébé chien ou connaître par coeur des chansons de Walt Disney (sociétalement parlant, autant de comportements associés aux femmes) .
Simplement, elle refuse que ce simple fait génétique conditionne sa vie toute entière. Elle estime être libre de faire ce qu'elle veut desdits organes génitaux, et par extension exercer le travail qu'elle souhaite même si c'est routier(e), payer le restau si elle le désire même si ce con de serveur joue à l'étonné, se foutre des convenances inhérentes à son sexe même si tout tend à le lui le rappeller. De façon générale, ce qu'elle veux, c'est que ce sexe ne soit plus une façon de la différencier mais un simple état de fait, de la même façon que la couleur de tes yeux ou de tes cheveux ne guidera pas ta destinée.
Etre femme aujourd'hui, c'est la version soft de Bienvenue à Gattaca : des enfants tu porteras, un mari tu prendras, le rose tu aimeras, régulièrement tu copuleras, un boulot typiquement "féminin" tu feras,  si tu tentes de t"orienter différemment, te battre tu devras.
La féministe est femelle, mais elle estime que ce qui se trouve dans sa culotte n'à rien à lui interdire, rien à lui imposer. Que tout lui est possible et que c'est juste un fait.

 

Bon.
Bien.
Bien bien.
Etre féminine déjà, au sens auquel on l'entend traditionnellement ça veut dire QUOI? Ca veut dire se soumettre à un modèle imposé, ça veut dire entrer sur le marché de la bonne meuf, ça veut dire se conformer à des critères hyper sexualisés. Etre feminine, ça veut dire se maquiller, se vernir les ongles, porter jupes, decoletés et vestes cintrées. Ca veut dire se sangler dans un carcan d'attirance hétérosexualisée.
Bah non.
Je suis désolée, mais je pense que le terme est biaisé. Qu'il y à autant de façon d'être femme que de féminité. Qu'on peut jouer le rôle de la vamp agressive, comme celui du jean informe et de la chemise délavée. Qu'on peut roter ou mettre la main devant sa bouche quand on émet un petit rire perlé. Qu'on peut donner dans la blague de cul ou l'élocution distinguée, porter les cheveux longs ou la tête rasée, avoir une nuque de danseuse ou des épaules voûtées. La féminité telle qu'on l'entend aujourd'hui, c'est galvaudé. C'est un  stéreotype, un truc éculé, une daube machiste et sans interêt.
Je suis féminine quand je me lève le matin, oeil chassieux, cheveux gras, paupières collées. Je suis féminine quand je sors en talons hauts, jupe crayon et chignon parfait. Je suis féminine quand je hurle comme une poissarde par ce que je suis enervée. Ma feminité ne réside pas dans une quelconque position d'objet ou de poule hypersexualisée.

Bref, à mon sens, le terme en lui même est erroné. Je suis atterrée quand je vois des émissions de relooking avec des nanas mal sapées réclamant une "nouvelle féminité". Et que ma chéwie maintenant tu es enfin féminine, et que oulalala mais ces cheveux même pas teints c'est pas du tout féminin, et que ayayay il faut mettre des talons sinon ça va pas dou tout dans ta féminité... Merde quoi, parlez de fringues plus sexys, plus sérieuses, plus adaptées à votre nouvelle maturité, plus fun ou moins négligées, mais CESSEZ PAR PITIE DE PARLER DE FEMINITE!

Et même. Même en prenant au mot la féminité telle que conçue par le cliché, saches que le féminisme n'empêche pas de s'en approcher. La féministe n'est pas forcément en friche, et dans tout les cas elle colle simplement à ses propres goûts avant de se préoccuper des normes en vigueur. Il arrive que les deux concordent, s'accordent, et que la féministe s'éclate avec un blog beauté, non pas par ce qu'elle se sent asservie à un idéal genré, mais tout simplement par ce que ça lui permet d'entretenir sa créativité.
Ce n'est ni mieux, ni moins bien.
C'est juste un fait.


Alors voilà. Etre feministe, ce n'est pas coller à des clichés régressifs. Ce n'est pas être irraisonnée, moitié folle, haineuse et mal baisée. C'est croire en un idéal, en un courant de pensée qui à debuté au siècle des Lumières, s'est enflé, et grâce auquel aujourd'hui nous pouvons voter, porter plainte, travailler.
C'est surtout être humaniste, croire à la liberté de choix et en une totale égalité.